Identité, altérité et mémoire.

Ma recherche artistique s’articule autour de trois axes majeurs, qui dialoguent entre eux et nourrissent une réflexion plus large sur l’identité, l’altérité et la mémoire.

La couleur comme espace de rencontre

L’œuvre devient un terrain de rencontre — imprévisible, parfois chaotique — entre les couleurs, les histoires et les identités. J’envisage les couleurs primaires comme des symboles d’universalité : elles sont les fondements de toutes les autres, à l’image de l’humanité, qui partage une origine commune malgré la diversité de ses visages.

Ma démarche ne cherche pas à maîtriser la couleur, ni à la figer dans une harmonie prévisible. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui se joue dans la rencontre entre les couleurs — leurs frottements, leurs tensions, leurs fusions. Ces interactions visuelles sont pour moi des métaphores vivantes des migrations, des colonisations, des déplacements forcés et des métissages. Elles incarnent une critique implicite des discriminations liées à la couleur de peau, notamment du colorisme encore très présent dans les sociétés caribéennes. À travers la peinture, je tente d’interroger ces héritages et d’ouvrir des espaces de dialogue.

Paysage politique, acrylique sur papier 59x42cm. 2025 Kaël FAZER.

Les effigies minimalistes

Les effigies que je crée sont des figures réduites à l’essentiel, inspirées du pixel art. Elles s’inscrivent dans une recherche de représentation inclusive, capable de condenser une multitude d’identités ethniques dans un langage visuel épuré. La contrainte devient ici un outil créatif : celle du format, d’un nombre restreint de couleurs, de la géométrie simple. Ce dépouillement oblige à aller à l’essentiel, à révéler la singularité dans la répétition.

Ces visages stylisés évoquent des traits universels tout en laissant place aux détails qui affirment l’individualité : texture des cheveux, nuances de teint, formes. L’effet de série, voire de répétition, permet d’installer une lecture plus fine, presque méditative. Il invite le regardeur à percevoir, au-delà de la première impression, une infinité de nuances dans ce qui semble identique. Ce travail propose une réflexion sur la représentation de soi, sur la visibilité, sur ce que signifie “figurer” dans un monde saturé d’images.

Le contexte social, politique et esthétique

Le lettrage, dans ma pratique, est une marche intérieure, une forme de déambulation mentale et plastique. Chaque caractère tracé est un fragment de pensée, un écho du langage qui se situe à la lisière de l’abstraction et de la figuration. Les lettres deviennent des signes, presque des symboles, qui convoquent la mémoire, qu’elle soit collective ou intime. Elles ne cherchent pas toujours à être lues, mais à être perçues, ressenties, traversées.

Ces inscriptions superposent des strates d’histoires, de vécus, de luttes parfois tues. Elles font le lien entre l’esthétique et le politique, entre le regard et le souvenir. J’y associe aussi le masque, utilisé comme un outil plastique mais aussi symbolique. Il dissimule autant qu’il révèle, interroge la visibilité et le non-dit. À travers le jeu des transparences, des couches, des textures, j’invite à repenser ce qui se cache derrière les apparences.

Problématique

La somme de ces trois axes me permet de poser une question centrale :

Où se situe véritablement l’unicité de chacun, et quelle place lui accorde-t-on dans nos représentations, nos regards, nos récits communs ?

Blue women, collage et aquarelle sur papier/carton. 2025 Kaël FAZER

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